Calibrer un écran CRT BVM ou PVM avec un colorimètre
Calibrer un écran CRT BVM ou PVM avec un colorimètre reste la méthode la plus sûre pour retrouver des couleurs fidèles sur du matériel rétro, que ce soit pour du retrogaming compétitif, de la restauration vidéo ou du mastering audiovisuel. Un LCD moderne ne bouge quasiment pas dans le temps. Un tube cathodique, lui, dérive : la température de couleur, le gain, le gamma, la convergence, tout ça évolue au fil des années sans qu’on le remarque forcément à l’œil. On s’habitue à un rendu faussé sans s’en rendre compte. Le colorimètre, lui, mesure objectivement ces paramètres et permet de les corriger via les menus de service.
Pourquoi calibrer un BVM/PVM plutôt que de régler “au feeling” ?
Les moniteurs Sony BVM et PVM étaient de vraies références broadcast à leur sortie d’usine. Mais après 20, parfois 30 ans d’usage, plusieurs choses se dégradent :
- Le canon à électrons vieillit de façon inégale selon les couleurs. Le rouge, le vert et le bleu ne dérivent pas au même rythme.
- Le phosphore perd en luminosité avec le temps, ce qui modifie le point blanc.
- Les condensateurs et les réglages d’usine dérivent eux aussi, faussant le gamma petit à petit.
Un réglage à l’œil, ça reste subjectif. Ça dépend de la lumière ambiante, de la fatigue visuelle du moment, du souvenir plus ou moins précis qu’on a d’un “bon” écran. Essayez de comparer deux BVM côte à côte en réglant chacun “au feeling” : vous obtiendrez presque toujours deux rendus différents. Le colorimètre, lui, donne une mesure chiffrée et reproductible, indispensable dès qu’on compare plusieurs écrans ou qu’on calibre pour un usage pro (capture vidéo, streaming rétro, préservation d’archives).
Le matériel nécessaire
- Un colorimètre compatible CRT : des modèles comme le i1Display Pro ou le Klein K-10A sont réputés pour bien gérer les basses luminosités et le balayage CRT. Certains colorimètres d’entrée de gamme “scintillent” littéralement face à un tube cathodique et renvoient des mesures incohérentes.
- Un logiciel de calibration : HCFR (gratuit, open source) fait référence pour les écrans vidéo, CRT compris.
- Un accès au menu de service du moniteur, généralement via une combinaison de boutons en façade qui varie selon le modèle BVM/PVM et sa génération.
- Un générateur de mire : un PC avec une sortie compatible, un générateur dédié, ou un Blu-ray de calibration converti en analogique.
Étapes de la calibration
1. Préchauffage et environnement
Laissez chauffer le moniteur au moins 30 minutes. La luminance et la température de couleur mettent ce temps à se stabiliser réellement. Travaillez dans une pièce sombre, sans reflet ni lumière parasite sur l’écran : un simple halo de lampe peut fausser vos mesures les plus fines.
2. Réglage du point blanc (grayscale)
- Affichez une mire de gris à 100 % et mesurez la température de couleur. La cible classique est 6500K, le standard D65 utilisé en broadcast et au cinéma.
- Ajustez le gain (bias) de chaque canal RVB dans le menu de service jusqu’à atteindre 6500K sur toute l’échelle de gris, du noir presque pur jusqu’au blanc pur.
- Vérifiez à plusieurs niveaux de luminance (20 %, 50 %, 80 %, 100 %). Un bon réglage tient la distance sur toute la plage, pas seulement sur un ou deux points.
3. Gamma
Mesurez la courbe de luminance sur une dizaine de points de gris. La cible standard broadcast tourne autour de 2.2 ou 2.4, selon le flux de travail visé. HCFR affiche directement l’écart par rapport à la cible et guide les ajustements de contraste et de brillance, patch par patch.
4. Convergence et géométrie
Le colorimètre ne corrige pas la convergence, c’est-à-dire l’alignement des trois faisceaux RVB. Et pourtant, une calibration colorimétrique parfaite ne sert à rien si la convergence est mauvaise : les franges colorées sur les bords de l’image faussent toute la perception des couleurs. Utilisez d’abord une mire de croisillons, réglez manuellement, et lancez vos mesures couleur seulement ensuite.
5. Saturation et teinte (si accessible)
Certains PVM/BVM haut de gamme permettent d’ajuster la saturation des couleurs primaires et secondaires. Mesurez avec des mires rouge, vert, bleu, cyan, magenta, jaune, et comparez aux coordonnées CIE attendues pour la norme visée : SMPTE-C pour le NTSC vintage, EBU pour le PAL.
Erreurs fréquentes à éviter
- Calibrer un écran encore froid. Les mesures seront fausses une fois l’écran chaud, et tout le travail sera à refaire.
- Utiliser un colorimètre non conçu pour le CRT : le scintillement du balayage perturbe certains capteurs bon marché.
- Négliger le vieillissement du phosphore. Un BVM très usé peut tout simplement ne jamais atteindre 6500K sur tout le spectre sans compensation logicielle.
- Oublier de noter ou sauvegarder les réglages d’usine avant toute modification, au cas où il faudrait revenir en arrière un jour.
Conclusion
Calibrer un BVM ou un PVM avec un colorimètre, c’est transformer un écran rétro approximatif en véritable référence couleur, fidèle aux standards broadcast d’époque. Ça demande de la rigueur : préchauffage, mesures à plusieurs niveaux, ajustement patient du point blanc et du gamma. Rien de bien sorcier, mais ça prend du temps. Le résultat, lui, se voit tout de suite : des teintes de peau naturelles, des noirs profonds, une image enfin fidèle à ce que les créateurs d’origine avaient en tête.